Tu es sur ton balcon

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Tu es sur ton balcon. Les crépuscules étouffés
de Bolaño sont des chiens qui s’ébrouent
en quittant la lumière. Tu le sais, le balcon
est fendu et tu crains d’être à terre. Tes mains
sont serrées, étau sur les rayons. Une femme,
à ta gauche, moissonne un champ de lave, elle
va dans une rue où tu n’oses plus marcher ; elle
tient un panier d’osiers torves où reposent le pain.
Le bitume est serré sous son talon vernis. Lui,
son talon porte une pierre que la marche a sertie.
Elle, tu la suis du regard, vers les Halles et
plus loin où tu allais il y a deux mois encore.
De cela tu te souviens et de la route tirée
depuis cet horizon jusqu’à une rivière ; rivière
où vont des oies et où va la mer aussi. Tu es
sur ton balcon. A l’est de ton ciel, la nuit vient
de tomber. Le bruit des pas est enterré sous tes pieds.
Un chat dans la lune éclairée d’abat-jours.
Les ombres de ta rue ne possèdent pas de lits
et te rejoignent en feulant. Tu vois, à l’autre bout du bras
de la plaine où tu vis se rassembler une pluie
d’étoffes humides et sombres ; ventre gonflé qui
déchire déjà tes couvertures, ton matelas flottant
sous la toiture et les montagnes, là-bas, comme
une voilure rabattue en un coup.
A ta droite passe la femme aux talons.
Tu es sur ton balcon.

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