Stupeur

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Je courrai avec ma stupeur accrochée aux paupières comme un rire et mes yeux se retourneront. Je remonterai la plage. Du sable va venir battre mes mollets mes hanches et tous nous allons gravir le fil épais de notre étonnement, nous allons hurler ensemble à nos parents que nous avons les yeux brûlés, que nous n’y voyons rien et toutes nos mères et tous nos pères descendront de la dune à la grève, lentement, une serviette à la main pour essuyer nos yeux. Je vais retourner dans les vagues ensuite et vous aussi, avec moi, des milliers qui plongent dans la mousse blanche, là où les pieds s’enfoncent, ramenés vers le large, doucement et nous hurlerons encore, de joie et d’effroi mélangés, nous nous souviendrons de la marée qui nous volait ce jour terrible de juin, à Belle-Île et nous dirons à l’écume : « tu te souviens aussi ? » et toute l’écume de toute la plage parlera ensemble en ramassant nos genoux et nos visages ensemble, dans une boîte ; pliés, voilà ce que nous serons, pliés comme ces millions d’oies de papier qui dorment dans les placards.

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