L’autel de Moloch

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Si Dagerman ne se trompe pas, pour l’enfant, le monde entier est un autel de Moloch. Il touche et porte à la bouche les objets parce qu’il veut se brûler. La chair fumante, le crépitement du feu, l’obsède et l’inquiète. Lentement, grandissant, un certain savoir est oublié. Toutes les choses portent en elles un cimetière et un brasier.

Mon premier incendie fut celui du pot pourris de ma mère, sur la table du salon. J’allumais, à sept ans, une allumette que je jetais dans la vasque de bois où reposaient les pétales sèches, les écorces, les branches odorantes. Très vite, le feu. Très vite, les flammes. Ma mère vint assez tôt pour éviter mes brûlures et la disparition de la maison entière.

Depuis, je peux observer des heures une cheminée allumée. Même éteinte, la cendre dit ce qui a été. Matière de deuil et de trace. Peu de disparition laisse, dans le présent, une empreinte, un indice du passage. Mes objets d’enfance, mes jeux, les visages mêmes disparaissent ou doivent tenir dans une mémoire trop pleine. La cendre, ce monde « passé par le feu », dit la mort et le passé.

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