Les fleurs séchées

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Les fleurs ne sèchent pas dans le pot de terre cuite. J’ai six ans et je veux sentir l’arôme d’une matière qui s’effrite. Mes doigts frottent l’allumette de maman. Et les fleurs ne brûlent pas dans le pot de bois blanc. Les fleurs sont, ainsi que toutes les fleurs, impossibles à sécher, impossible à brûler. Elles reposent, mortes, entre moi et le canapé, comme des montres remontées éternellement à l’échelle. Je suis seul et j’essaie la mèche d’une bougie. Les pétales sont roussis, mais elles ne tremblent pas. Maman et papa sont aux pains, quelque part, ils reviendront plus tard. La table est basse et noire et je ne pleure pas. Les fleurs ne sèchent pas et je ne cède pas un pouce de territoire. La fenêtre est claquée par des goutes de pluie. J’épuise une à une les allumettes. L’horloge de la cuisine cliquète dans sa nuit. Les fleurs sont tièdes, peut-être, et je ne pleure pas.

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