Deux fois

20180924_173429 (2)

J’existe deux fois en même temps. La première fois est
une fois de trop. La deuxième est : ombre portée sur
les viscères et sur les os, route en construction entre
deux villes étrangères d’un même réseau de nerfs,
d’artères, villes menacées d’un même fléau.
Je marche sur un chemin de terre à l’entrée d’une tempête :
autour de moi se soulève la campagne et mon père, sa tête
avance, courbant le dos et hurlant, par-dessus les maisons,
qu’il faut « vite rentrer sinon ». Les nuages agglomérés
comme des insectes à l’entrée d’une fourmilière brûlée.
Je suis sur le seuil de la maison de pierre que mon père
fait tomber, d’un seul coup, d’un seul coup de pied,
d’un seul coup de pied le mur de l’escalier en poussière.
Je suis tête contre la terre, je regarde les racines
que tirent les rosiers et je suis avec ma mère, derrière
un comptoir bleu et je peux pleurer un peu, et je peux
attendre un peu. Je suis sur la troisième marche et
mon frère, à côté, respire fort et doucement, tend
sa main et comprend. J’existe de deux manières.

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